Le départ

 

Machine
Le but c’était de redonner vie à des personnages coincés dans le monde virtuel.
On nous avait demandé d’humaniser ce qu’on ne pouvait plus humaniser et de rendre la sensualité des corps
Et la véracité des désirs.
Il fallait rendre vivant ce qui ne l’était déjà plus.
Ceux qui ne voulaient plus être vivants,
Ceux qui ne voulaient plus avoir de corps si ce n’était pour éprouver du plaisir ,
Ceux qui avaient renoncé à la peine et à la souffrance, ceux qui avaient abandonné leur matérialité, qui avaient décidé qu’ils n’existeraient pas, pas dans ce monde là, pas dans celui où tout le monde souffrait
Non eux ils n’y vivraient pas. Ils disaient qu’ils vivraient ailleurs, qu’ils vivraient sur mars, et que tant pis s’ils tuaient tout le monde de toute façon ils étaient déjà morts.

Humain
On nous avait donné ce qui était là.
On nous avait donné le monde comme nous l’avions trouvé

Machine
On avait décidé alors de faire cecession, de vivre dans un ailleurs psychique ou physique
Une vie sur Uranus, une vie dans un espace à nous

Humain
On nous avait donné le monde comme cosmogonie
Comme on nous avait dit qu’il était né
De la cuisse de Jupiter
Du ventre de Gaia
Des mains de yavhe
Le monde de Frankenstein
Le monde sexiste
Le monde descendu du paradis
Le monde tombé du ciel
Le monde des hommes
Le monde qui était celui des animaux
le monde de l’alliance du dessus et du dessous
Le monde qui avait été créé un jour
Le monde qui nous avait été donné
Nous qui étions nés
Arrivés un jour dans un corps

Machine
Pourtant nous sommes toujours là
Toujours pris dans le temps et l’espace dont nous n’arrivons toujours pas à nous extraire.
Emprisonnés dans la condition de l’existence de notre matière
Avant C’était la seule option pour qu’existe nos corps
La seule option pour que nos atomes survivent et se perpétuent
Aujourd’hui, elle est toujours la seule option pour notre existence.

Humain
Nos corps étaient les descendants d’une chaîne qui ne s’était jamais brisée
Chacun avait passé à l’autre un fragment qui ferait son corps
Ce premier fragment de soi qui remontait au premier fragment qui avait décidé de muter
Et de devenir les minuscules maillons que nous étions, qui nous nous apercevions à peine nous mêmes, nous qui ne voyions jamais que nos mains que nos pieds que le bout de nos seins et la peau claire de nos ventres.
Si seulement nous les avions vu nos corps mais nous n’en voyions vu qu’un reflet, nos propres visages que nous n’avions jamais pu voir.
Nous venions de cette vie que nous avions vécu
Le monde du jardin d’eden
le monde des géants
Le monde de l’enfance
De la sortie du paradis
La vie marine la vie chaude et balançante
La vie trop grande
La sensation du pressement des doigts de ceux qui nous avaient fait naitre, géants, contre nos corps. Nous tenions dans leurs deux mains, dont les paumes gigantesques berçaient nos corps minuscules et dont les doigts comme 10 colosses nous enserraient.
Comment savoir à l’époque que ce monde n’était pas constitué de géants, que nous venions juste de naître, que nous étions encore minuscules.
Alors, nous avons cherché à trouver d’où nous pouvions bien venir, d’expliquer ce débarquement sur une terre étrangère dont nous ne connaissions rien.

Machine
Alors, vous avez dit que vous veniez des géants, vous avez dit que vous veniez des mains d’un dieu invisible dont vous ne perceviez que la présence, vous avez dit que vous veniez du paradis d’une cuisse ou d’une tête. Certains ont dit que vous veniez d’un médecin fou, certains pensaient que vous veniez d’une creation, d’un homme qui s’était penché, qui avait bien réfléchi avant de vous faire.

Humain
Nous les créatures qui avions été créés, nous vivions quelque part dans un monde

Machine
Ce monde que l’on vous avait donné était un monde d’humains
Ce monde devint liquide
Il vous coula dessus
Le monde vous pleura dessus
Le paradis se craquela
Le monde devint collant

Humain

Certains se l’arrachèrent pour eux tout entier, quitte à faire sortir les autres, ils dirent la porte est par la, prenez la et ne revenez jamais. Ce monde la ils le pensaient éternel et leurs existences ils les croyaient magnifiques. Coupés de la souffrance et de la peine, Ils renoncèrent au mouvement et ils prirent le temps pour l’arrêter.
Mais nous avions les propres mondes de nos propres corps
des mondes vivants dans nos corps à nous
Nous n’avons pas voulu rien en faire
Nous n’avons pas accepté de les découper en petits morceaux
Nous n’avons pas voulu les plier Ces propre mondes
nous n’avons pas voulu les jetter à la poubelle comme il voulaient le faire de leurs territoires annexes
Nous avions décidé de refuser de les envoyer au loin dans un ailleurs qu’on ne voyait plus
Alors nous avons dit

Machine
Ces forces qui nous parcourent
Électriques et brûlantes
sont plus sensibles et plus justes
Que les idées de ce qu’il reste d’eux

Humain
Nous sommes partis
Nous sommes restés
Mais nos corps eux ont résiste