La peur d'oublier qu'on est réels
J’ai peur d’oublier qu’on est réels, Peur qu’on aille tous dans un ailleurs, sans toi, sans amour, sans lien, sans mon amour, sans ce qui me tient, sans les autres, sans ceux qui m’aiment et me retiennent, dans un monde fantasmé, un monde sans réalité, sans matérialité, un monde où le corps n’est plus là.
J’ai peur d’atterrir dans un monde sans tes caresses, sans la sensation de ta peau contre la mienne, sans la chaleur de tes avant-bras, de tes hanches, sans la douceur de ta peau, sans le lien qui m’unit à toi, sans les liens qui m’unissent aux miens.
J’ai peur d’atterrir dans un monde où je ne pourrais plus jamais te toucher, où je ne pourrai plus jamais sentir mes larmes rouler sur mes joues, où plus jamais tu ne me caresseras, où tu abandonneras mon corps, le seul que j’ai, un monde où mon corps sera seul et esseulé, un monde où mon corps sera sans le tien, chaud et protecteur, le tien que je crois éternel, dont je suis persuadée de l’invincibilité, de l’éternité.
Un monde sans tes mains,
Un monde avec seulement l’image de tes mains,
Un monde avec l’image de tes yeux,
Un monde avec l’image de ton corps,
Un monde avec des images de nous deux,
Un monde que je ne peux pas toucher,
Que je ne peux pas sentir,
Où mes mains ne servent plus à rien,
Où mes mains ne peuvent plus se rassurer, se rasséréné, se sentir en sécurité,
Un monde où jamais plus tu n’essuieras ma larme,
Où jamais plus l’eau coulera entre nos corps, sur nos corps, dans nos corps,
Où jamais le lien ne sera là, invisible mais vibrant, invisible mais palpable,
Car ici l’univers dans lequel nous nous baignons me berce et me ramène à tous les univers dans lesquels je me suis baignée,
Pour le meilleur et pour le pire.
Le monde du corps, pour le meilleur et pour le pire.
L’impossibilité de te toucher, de poser ma peau contre la tienne, ma peau chaude et palpitante contre la tienne, douce comme de la craie, douce comme un chiffon de soie, assoiffée de toucher ta peau, assoiffée de mettre ensemble nos deux corps nos deux peaux, dont la tienne est mon plus grand besoin, mon plus grand désir. Impossible de te prendre la main, et jamais plus, oh jamais plus tu ne prendras la mienne.
Ce monde-là je ne peux pas y vivre,
Je préfère vivre dans un placard dans celui-ci plutôt que de le rejoindre,
Je préfère vivre dans ce monde décharné, absurde et acide mais dans lequel j’ai encore une chance de sentir le contact de ta main contre mon corps.